La 100ème édition de Milan-San Remo méritait un vainqueur de prestige. Et sur un parcours aussi sélectif que celui de la classicissima, il ne pouvait en être autrement. Sous un soleil printanier de rigueur, le peloton part ce matin à l'assaut d'un tracé qu'il connaît bien puisque le parcours n'a subi aucune évolution vis-à-vis de celui de l'an dernier, revisité avec l'inclusion de la côte de la Manie et l'arrivée sur Lungomare Italo Calvino au détriment d'une Via Roma partiellement abandonnée. Ce tracé, qui explore d'abord les terres avant de lécher la côte méditerranéenne sur sa seconde partie, surprend surtout par sa longueur. Les difficultés du final, qu'on appelle en Italie les capi, ne sont rien plus que des côtes courtes et peu pentues, mais remises dans le contexte d'une course de longue haleine, elles sont généralement suffisamment sélectives.
Aussi, il ne faut guère s'attendre à une course endiablée avant les 25 derniers kilomètres. Sur Milan-San Remo, le moindre effort inutile se paie cash. Ceux qui souhaiteraient explorer de nouveaux plans de bataille risqueraient fort de se griller les ailes. Alors, l'échappée matinale qui se dessine très tôt n'a franchement aucune chance d'atteindre son but. Onze hommes s'y engagent néanmoins. Avec les Français Christophe Le Mével (Francaise des Jeux) et Sébastien Turgot (Bbox Bouygues Telecom), on retrouve Maxim Belkov (ISD), Thomas Bertolini (Serramenti PVC Diquigiovanni-Androni Giocattoli), Giampaolo Cheula (Barloworld), Bernhard Eisel (Team Columbia-High Road), Mikhail Ignatiev (Team Katusha), Kasper Klostergaard (Team Saxo Bank), Yuriy Krivtsov (Ag2r La Mondiale), Sebastian Lang (Silence-Lotto) et Maarten Tjallingii (Rabobank).
Les meilleures équipes conviennent d'une arrivée au sprint.
A un rythme soutenu, les kilomètres défilent rapidement. Les hommes de tête franchissent le Passo del Turchino, qui marque à la fois la mi-course et le tournant de l'épreuve sur la côte méditerranéenne, mais ne parviennent pas à s'octroyer plus de six minutes d'avance sur un peloton qui demeure vigilant. Cet avantage leur est toutefois suffisant pour aborder devant les premiers capi. Les échappés avalent la Manie, le Capo Mele, le Capo Cervo, le Capo Berta. Mais au pied de la Cipressa, à 25 kilomètres de l'arrivée, il est temps pour eux de déposer les armes pour laisser place aux favoris de Milan-San Remo. Voilà ainsi le peloton regroupé à l'approche du dénouement de la classique. Et la Cipressa va accélérer la sélection. Sous l'impulsion des coureurs de la Liquigas, une quarantaine de coureurs bascule en tête au sommet, avec tous les favoris.
La Cipressa négociée, il est temps de faire les comptes. Les meilleurs sprinteurs ont franchi la côte dans le peloton de tête mais tous ne bénéficient plus des mêmes atouts dans leur jeu. Pour autant, Boonen comme Bennati, Petacchi ou Hushovd restent les mieux armés. Un coureur comme Mark Cavendish (Team Columbia-High Road) est un peu plus isolé mais le Britannique n'a pas les mêmes besoins en matière de sprint et sait fort bien se débrouiller seul. Dès lors, les meilleures armadas possèdent un intérêt commun à ce que la course s'achève au sprint. Basso s'étant mis au service de Bennati dans la Cipressa, c'est Chavanel qui se met au service de Boonen dans le Poggio. Le Français fait la majeure partie de l'ascension en tête, imprimant le train et décourageant les attaquants dans ce qui constitue leur dernière occasion d'éviter un rush massif.
Dans les derniers hectomètres du Poggio, Filippo Pozzato (Team Katusha), tente bien sa chance, avec Rebellin et Nibali, mais le peloton ne se fait pas surprendre et c'est un groupe massif qui se présente dans San Remo. Nous voilà quittes pour une arrivée au sprint, que va tâcher d'anticiper le brillant Heinrich Haussler (Cervélo TestTeam) en lançant le rush à 300 mètres de la ligne. Mais le jeune allemand part de trop loin et il va buter dans les tous derniers mètres, ne pouvant contenir le retour foudroyant de Mark Cavendish, le seul à avoir réagi au démarrage soudain d'Haussler. Pour l'Allemand, Milan-San Remo s'avérera trop long d'un mètre. Et ce mètre tourne à l'avantage de Mark Cavendish, qui comble son retard dans un dernier coup de rein pour couper la ligne avec dix centimètres d'avance sur Haussler et entrer dans la légende de Milan-San Remo.
Classement :
1. Mark Cavendish (GBR, Team Columbia-High Road) les 298 km en 6h41'31"
2. Heinrich Haussler (ALL, Cervélo TestTeam) m.t.
3. Thor Hushovd (NOR, Cervélo TestTeam) à 2 sec.
4. Allan Davis (AUS, Quick Step) m.t.
5. Alessandro Petacchi (ITA, LPR Brakes- Farnese Vini) m.t.
6. Daniele Bennati (ITA, Liquigas) m.t.
7. Aitor Galdos (ESP, Euskaltel-Euskadi) m.t.
8. Enrico Rossi (ITA, Ceramica Flaminia-Bossini Docce) m.t.
9. Luca Paolini (ITA, Acqua & Sapone-Caffe Mokambo) m.t.
10. Peter Velits (SVK, Team Milram) m.t.



